Les trois petites filles reculèrent immédiatement.
La peur dans leurs yeux n’avait rien d’ordinaire.
C’était la peur de quelqu’un qui avait déjà vu ce véhicule auparavant.
— Non…, murmura la plus jeune.
Le SUV noir freina brutalement devant le trottoir.
Les portières s’ouvrirent.
Deux hommes en sortirent.
Costumes sombres.
Regards froids.
Ils balayèrent rapidement la rue du regard.
Puis repérèrent les fillettes.
Et commencèrent à avancer.
Les trois sœurs se rapprochèrent instinctivement de Dante.
Comme si elles savaient déjà vers qui courir.
— Monsieur…, chuchota l’une d’elles, la voix tremblante.
— Quoi ?
— Il faut partir.
Dante ne quittait pas les hommes des yeux.
— Pourquoi ?
La fillette déglutit difficilement.
— Parce qu’ils nous cherchent.
Les gardes du corps de Dante se tendirent immédiatement.
Nico fit un pas en avant.
— Patron…
Mais Dante leva une main.
Son regard restait fixé sur les fillettes.
— Qui sont-ils ?
Un silence.
Puis la plus courageuse répondit :
— Ils travaillent pour lui.
— Lui qui ?
La petite fille pointa du doigt l’un des hommes.
— Celui qui garde maman.
Le cœur de Dante s’arrêta.
Pendant une seconde entière.
Puis repartit avec violence.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ?
Des larmes apparurent dans les yeux de l’enfant.
— Ils ont pris maman.
Le vent semblait avoir disparu.
La ville entière semblait silencieuse.
— Depuis combien de temps ?
— Presque un an.
Dante sentit quelque chose de dangereux s’éveiller en lui.
Une colère ancienne.
Brutale.
— Où est-elle ?
La fillette secoua la tête.
— On ne sait pas.
Les hommes continuaient d’approcher.
Ils étaient désormais à moins de vingt mètres.
L’un d’eux sortit discrètement un téléphone.
Puis son expression changea lorsqu’il reconnut Dante Russo.
Complètement.
— Oh mon Dieu…, souffla-t-il.
Son collègue se retourna.
Le vit.
Et devint aussitôt pâle.
Parce que tout Boston connaissait Dante Russo.
Et tout Boston savait qu’il était le dernier homme avec lequel il fallait avoir un problème.
Les deux hommes ralentirent immédiatement.
Dante fit un pas vers eux.
Puis un autre.
— Qui vous envoie ?
Personne ne répondit.
— Où est Elena Ward ?
Les deux hommes échangèrent un regard.
Un mauvais regard.
Celui des gens qui comprennent qu’ils viennent de commettre une erreur.
Puis l’un d’eux murmura :
— Ce n’est pas possible…
Dante sentit son sang se glacer.
— Quoi ?
L’homme regardait les trois fillettes.
Comme s’il voyait un fantôme.
Puis il prononça une phrase qui fit vaciller tout ce que Dante croyait savoir.
— On nous avait dit qu’il n’y en avait qu’une.
Le silence explosa.
Dante se retourna lentement vers les enfants.
Les jumelles identiques le regardaient avec incompréhension.
Et pour la première fois…
Il remarqua quelque chose sur la toile.
Quelque chose qu’il n’avait pas vu.
Dans le coin inférieur du portrait d’Elena.
Presque invisible.
Trois petites lettres peintes discrètement.
A.
B.
C.
Comme si Elena avait voulu laisser un message.
Comme si elle savait que quelqu’un finirait par retrouver ce tableau.
Puis soudain…
Le téléphone de l’un des hommes sonna.
Il regarda l’écran.
Et devint livide.
Très lentement, il leva les yeux vers Dante.
— Monsieur Russo…
Sa voix tremblait.
— Elle s’est échappée.
— Qui ?
L’homme avala difficilement sa salive.
Puis répondit :
— Elena.
Le monde sembla s’arrêter.
Dante fixa l’homme.
— Répète.
L’homme déglutit difficilement.
— Elena Ward s’est échappée il y a moins d’une heure.
Les trois fillettes se figèrent.
Puis la plus petite éclata immédiatement en sanglots.
— Maman…
Sa voix se brisa.
— Maman est vivante ?
Dante sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.
Parce qu’il venait de comprendre.
Pendant toute cette année…
ces enfants n’avaient jamais cessé d’y croire.
L’homme consulta nerveusement son téléphone.
Ses mains tremblaient.
— Ils ne la retrouvent plus.
— Qui ça ?
— Les équipes.
Le silence retomba.
Puis Dante fit un pas vers lui.
— Où était-elle retenue ?
L’homme hésita.
Une erreur.
Une seule.
Et Nico lui arracha immédiatement le téléphone des mains.
Quelques secondes plus tard, son visage changea.
— Patron…
— Quoi ?
Nico tourna l’écran.
Une photographie apparaissait.
Une photo prise par une caméra de surveillance.
Une femme courant dans un couloir industriel.
Pieds nus.
Amaigrie.
Les cheveux coupés court.
Le visage marqué par des mois de captivité.
Mais malgré tout…
Dante la reconnut immédiatement.
Elena.
Les trois fillettes poussèrent un cri.
— Maman !
Des larmes envahirent leurs yeux.
Dante sentit son cœur battre plus vite.
Parce qu’il connaissait Elena.
Pas beaucoup.
Pas assez.
Mais suffisamment pour savoir une chose.
Elena n’abandonnait jamais.
Jamais.
Puis son regard se posa sur l’horodatage de la photo.
Trente-sept minutes.
Seulement trente-sept minutes auparavant.
Elle était libre.
Quelque part dans Boston.
Vivante.
Puis un second message arriva sur le téléphone.
Cette fois, l’homme devint presque incapable de respirer.
— Non…
— Quoi encore ?
L’écran affichait une seule ligne.
Une seule.
Mais elle fit pâlir tous les hommes présents.
Dante lut lui-même le message.
Et resta figé.
“Elle n’est pas seule.”
Pendant plusieurs secondes, personne ne comprit.
Puis un nouveau fichier apparut.
Une photo.
Nico l’ouvrit.
Et tout le monde cessa de respirer.
Parce que la photo montrait Elena.
Debout dans une ruelle.
Épuisée.
Blessée.
Mais vivante.
Et à côté d’elle…
se tenait un homme.
Un homme que Dante connaissait.
Très bien.
Trop bien.
L’homme que tout le monde croyait mort depuis huit ans.
Le véritable fondateur du réseau qui contrôlait la moitié du crime organisé de la côte Est.
Le même homme qui avait disparu après avoir volé des centaines de millions de dollars.
Le même homme que les autorités recherchaient encore.
Nico leva lentement les yeux.
— Patron…
Dante ne répondit pas.
Son regard restait fixé sur la photo.
Puis sur les trois fillettes.
Puis de nouveau sur Elena.
Parce qu’au dos du tableau peint par Elena…
il y avait aussi une quatrième lettre.
Presque effacée.
Une lettre qu’il n’avait remarquée qu’à cet instant.
A.
B.
C.
Et juste en dessous…
D.
La respiration de Dante se coupa.
Les trois fillettes n’étaient pas le message.
Elles n’étaient qu’une partie du message.
Elena essayait de dire quelque chose.
Quelque chose d’essentiel.
Quelque chose qui changeait tout.
Puis la plus grande des sœurs regarda la photo.
Et murmura doucement :
— Ce n’est pas un inconnu.
Dante tourna la tête.
— Quoi ?
La fillette pointa l’homme aux côtés d’Elena.
Et son visage devint blanc.
— C’est notre père.